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samedi 8 décembre 2012

Le Projet : Mise en place du centre

Attention : post beaucoup plus positif que le précédent ^^

C'est l'heure d'en savoir un peu plus sur l'établissement de ce nouveau centre ! Et l'on va commencer avec la maison car pour ouvrir un centre, il faut avoir une maison à disposition ou en tous cas deux grandes pièces assez grandes pour entreposer deux tables capables d'accueillir 6 personnes chacune. Mais d'où vient-elle donc alors ?! Toujours dans la philosophie de ne pas attirer les convoitises à cause de l'argent et pour motiver la communauté à s'entre-aider, un centre ne peut s'établir que dans un endroit prêté par une personne de la communauté. En effet, en acceptant uniquement des lieux gracieusement mis à disposition gratuitement cela permet de n'être approché que par des personnes avec de bonnes intentions (ou en tous cas sans intérêt pécuniaire). Dans le cas du centre de Chavannes, la maison en question a été construite pour un haïtien travaillant aux Etats-Unis qui doit revenir au pays dans plus d'une année. Entre temps, cette maison est gardée par un membre de sa famille qui y occupe une chambre et nous laisse ainsi à disposition deux autres pour y installer le centre et ce pour une durée d'une année exactement.


C'est donc avec une belle maison mais complètement brute que nous commençons la mise en place. Au planning : nettoyage des lieux après la fin des travaux, pose de panneaux en bois pour séparer le centre du reste de la maison, raccordement au réseau électrique, installation du système électrique comprenant transformateur, batteries, génératrice et câblages et finalement déménagement des tables, chaises, laptops et de la cage pour le stockage du matériel le soir.
Nous avons donc commencé par prendre les mesures des lieux afin d'acheter le bois nécessaire pour faire cette séparation physique entre maison et centre. D'ailleurs, le voyage en tap-tap depuis l'entreprise de matériaux avec tout le matos valait à lui seul le détour. Puis il a fallu enlever à la pelle le reste de gravier et sable laissés à l'intérieur avant de couper planches et poutres pour fixer les panneaux. Le sol n'étant pas ciré (ciment lissé), un grand coup de balai restait néanmoins nécessaire pour pouvoir accueillir le reste des fournitures.

Avant cela, il restait encore le problème de la génératrice qu'il faut en effet sortir du centre pour la faire fonctionner puisque celle-ci dégage du gaz carbonique à profusion. La maison étant légèrement surélevée, une rampe était dès lors nécessaire pour sortir l'engin. Nous fimes appel aux connaissances d'un ouvrier du coin pour réaliser ce travail. C'était une bonne occasion de regarder attentivement le savoir faire du Monsieur ainsi que ses méthodes. Après avoir consciencieusement mélangé le sable avec le ciment et l'eau et délimiter les bords de la rampe à l'aide de briques et d'un fil, il se mit à remplir le trou avec des cailloux et la mixture obtenue. Ceci fait, il continua avec une petite allée transversale qu'il délimita par un fil en s'assurant qu'elle soit bien à niveau. Finalement, après environ trois heures de travail, trois sacs de ciments et de nombreux seaux d'eau, le tout était proprement bouclé comme l'illustre bien la photo. 


Le jour suivant, nous fimes une virée à Port-au-Prince pour se pourvoir en matériel électrique dans la plus grande entreprise d'appareils éléctriques de la capitale : 40m de cable pour tirer la ligne entre le réseau et le centre, 30m de cable plus fin pour les connections électriques des lampes et multi-prises à l'intérieur, un interrupteur général pour mettre sous tension le centre, des fusibles 15A, 20A et 60A, des interrupteurs mécaniques pour choisir entre l'alimentation du réseau ou de la génératrice et des lampes avec leur socle de fixation. Avec notre liste, nous passames donc à l'arrière afin de prendre possession de nos nouveaux et nombreux jouets. Dans un grand entrepot rempli de cables de toutes les couleurs et de toutes les tailles, un employé visiblement fort lassé par son travail se mit donc lentement en mouvement afin d'aller chercher cela. Il passa dehors avec une lourde bobine de cable afin d'en mesurer 40 mètres à l'aide d'une structure en fer dotée d'une manivelle. Il avait quelques difficultés à réaliser la tâche tout seul mais les 5 autres employés autour de lui ne semblait pas s'en accomoder. Et c'est donc David qui lui a donné un coup de main sans que cela ne fasse sourciller les 5 compères qui les regardaient travailler alors que c'est le job pour lequel ils sont normalement rémunérés. C'est d'ailleurs une institution en Haiti que voir des personnes assises en train d'en regarder d'autres travailler. Les enfants font cela car ils sont intéressés, les adultes pour une obscure autre raison.

Il n'empêche que ces voyages à Port-au-Prince me permettent à chaque fois de voir la lente métamorphose du paysage et des villages en passant de la beauté épurée de la campagne à l'allure crasse et surpeuplée de la ville. Une sorte de film sur la lente dégradation engendrée par l'urbanisation et le progrès. Quel paradoxe quand même !

Enfin bref, revenons à notre centre qui a ensuite vu l'arrivée de tout le matériel susmentionné ainsi que des chaises, tables, cage avec son armoir et génératrice. Deux voyages de tap-tap furent nécessaires pour les transbahuter. Nous déchargeames donc le contenu sous le regard attentif des habitués du coin, toujours assis sur leurs bancs, tranquillement là à ne rien faire et à nous regarder travailler.

Il est d'ailleurs temps d'ouvrir une parenthèse. 20 chaises, 2 tables, une armoire, une cage en fer, une génératrice et vous croyez qu'un seul de ces 4 ou 5 fiers gayards auraient bouger leurs fesses pour nous proposer de l'aide ?! Mais vous rêvez ! Pourquoi feraient-ils cela puisqu'ils ne sont pas payés pour. Je ne suis pas méchant en disant cela, simplement perspicace. Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir un haitien en aidé un autre lorsque ce dernier semblait en difficulté ou que la tâche paraissait pénible. Lorsque je déblayais le centre, j'ai remarqué une vieille dame de 70 ans passés qui faisait des aller-retours devant la maison avec des seaux d'eau pleins et qui me jettait des coups d'oeil de temps à autre alors que j'étais à la tâche depuis plusieurs heures. Elle marchait avec peine dû au poids de son chargement toujours sous les yeux de nos fameux habitués. Mais jamais, je n'en ai vu un seul pour lui offrir de l'aide. D'autant plus que cette dame doit certainement faire parti de la famille de l'un d'eux. Mais non, jamais. Détail amusant, quand je lui disais bonjour, elle me retournait un large sourire comme pour me dire qu'elle avait vu que je travaillais dur afin de mettre en ordre cette maison. Et j'ai observé que les haitiens qui travaillent (au sens propre du terme), je parle donc de ceux qui mettent de leur personne dans la réalisation de leur tâche quotidienne, sont de caractère sympathique, poli et souriant. Ces caractéristiques sont à mon sens totalement représentatives des vertues du travail. En effet, celui-ci offre à l'esprit la gratification de l'effort accompli et de la récompense justement obtenue. Les moments de repos sont alors appréciés à leur juste valeur tout comme l'est une proposition d'aide offerte par une autre personne. Ce sont des valeurs fondamentales...mais qui ne sont pas (encore) ancrées dans la culture haitienne.
Je referme la parenthèse sur ce point essentiel que je me devais de mentionner.

Donc, nous avons installé ce mobilier, refait appel aux services de notre ouvrier pour fixer la cage métallique au mur et l'éléctricien est venu cabler ce qui devait l'être.
Finalement, nous avons transporté les laptops le jour suivant (jeudi) afin de les paramétrer intégralement et d’installer la connexion internet pour le début de la formation informatique lundi 10 décembre.




Pour celle-ci, nous avons préparé 35 dossiers de 30 pages, un pour chaque leader, qui serviront de marche à suivre leur permettant ainsi d'apprendre les bases de la navigation dans Windows, ouvrir un compte e-mail ou encore créer un compte Facebook. Les ordinateurs sont munis de logiciels de dactylographie et de dessin (Paint.NET), de Open Office ainsi que dès maintenant Microsoft Office, ainsi que de clips vidéo et de musiques afin d'éviter de saturer la bande passante en les regardant sous Youtube.

Après ces transformations, le centre prêt à accueillir les participants ressemble maintenant à ça : 

La première pièce :
La deuxième pièce :








Vue globale des deux pièces :



C'est donc avec plaisir que le centre a pu être découvert par les nouveaux leaders lors du meeting hebdomadaire du vendredi soir... en attendant qu'ils investissent les lieux dès lundi.

mardi 27 novembre 2012

Le Projet : Formation des leaders

Dans le dernier post concernant le projet, je vous avais laissé en suspend sur la question : mais en quoi consiste cette formation donnée aux candidats ? Voilà quelques éclaircissements.

Initialement, la méthode utilisée par David consistait à expliquer les diverses procédures de travail aux candidats durant 6 sessions de 2 heures chacune. Administration à réaliser lors des inscriptions, ouverture et fermeture du compte d'argent pour chaque session, ponctualité des leaders ainsi que règles à respecter et à faire respecter dans le centre étaient donc décrites, expliquées et ré-expliquées. Mais la compréhension n'était pas aussi bonne qu'escomptée et de multiples erreurs étaient encore visibles même après la formation.

Dès lors, son idée a été de remplacer cette méthode par un jeu de rôle, une simulation dans laquelle le candidat agit comme s'il était réellement en train de travailler dans le centre avec les documents officiels. C'est donc ce jeu que nous avons développé et affiné durant les deux dernières semaines précédant la formation.

En voici le principe :


Le formateur, ou maître du jeu, est assis à côté de deux équipes de deux leaders qui se font faces et tient dans ses mains la liste des événements se déroulant durant la journée de travail. Sur sa feuille, une instruction dit par exemple : “A 9:20 AM, Robert arrive pour s'inscrire pour la session de 9:00 AM”, que le formateur doit reproduire en agissant comme s'il était lui-même Robert s'adressant à l'équipe de leaders. Dès lors, ceux-ci doivent lui demander la somme d'argent pour la session, inscrire son nom au bon emplacement et notifier sa présence. Après quels exemples plus ou moins similaires, le formateur simule la fin de la session et demande aux leaders de réaliser le travail administratif. Le leader responsable doit commencer par vérifier que les deux leaders de la prochaine séance sont bien arrivés et qu'il a rempli correctement la feuille de ponctualité. Puis, il doit écrire ses initiales à côté de chaque inscription réalisée durant la session, en déduire l'argent gagné, l'ajouter au montant qu'il a compté dans la caisse en début de session, vérifier que la caisse contient bien ce montant calculé et apposer sa signature. Il doit encore vérifier que les équipements électroniques sont bien là et en bon état puis donner les documents administratifs aux prochains leaders qui doivent vérifier à leur tour que le travail que je viens de décrire a été bien fait.

Après cela, une nouvelle session commence avec d'autres participants imaginaires en variant les situations, les cas de figure possibles et la difficulté. Bien entendu, le rôle du formateur est dans un premier temps d'expliquer le principe de fonctionnement et les actions à réaliser avant de corriger au fur et à mesure du jeu les erreurs que pourraient faire les candidats. A noter que comme j'ai fait environ 160 participants fictifs et donc choisi 160 prénoms parmi ceux que je connaissais, vous apparaissez quasi assurément dans le jeu ! ^^
C'est ainsi que, lundi 12 novembre, dans la même petite école de Sion, nous avons donc débuter cette formation avec 7 groupes de 4 candidats et 10 leaders, préalablement entraînés par David et moi-même, agissant comme formateurs. Un total de 38 personnes dont 10 femmes. Et la réaction fut positive car les gens étaient intéressés et amusés par ce jeu qui les faisaient interagir, s'entraider et mimer la réalité. De surcroît, une grande partie comprit assez rapidement le principe et déjà à la fin de la première séance nous pouvions voir les premiers progrès.

Après une autre séance le mercredi où les participants étaient déjà un peu moins attentifs, nous avons décidé de varier quelque peu le planning pour le vendredi en réalisant durant une heure l'explication des règles pour les participants dans le centre puis durant l'heure suivante une première évaluation des candidats toujours en utilisant la simulation. Les formateurs avaient l'ordre de ne pas leur donner d'indication et les leaders devaient ainsi s'entraider pour accomplir, si possible sans faute, leur travail. Bilan : effet escompté avec la concentration générale améliorée.
Le lundi et mercredi d'après, les règles que doivent respecter les leaders ainsi que les avantages qu'ils ont ont tout d'abord été passés en revue à travers divers sketchs qui les faisaient participer et mimer des situations pouvant se produire dans le centre. Puis nous avons continué comme à l'habituée avec le jeu administratif. Finalement, la 6e et dernière session du vendredi 23 novembre a débuté avec l'explication des futures étapes avant de poursuivre et conclure le jeu.

Actuellement, nous avons donc 45 candidats enregistrés sur la liste et nous en retiendrons environ 35 d'entre eux pour la suite du processus qui comprend une formation informatique de deux semaines sur les ordinateurs. D'ici là, il nous faudra mettre en place le centre en le raccordant au réseau électrique, en installant le système de transformateur et des batteries (comme expliqué sur mon post sur l'électricité), installer les tables et chaises et déplacer tout le matériel informatique dans la nouvelle maison. Tout cela pour lundi 10 décembre ! Je reviendrai sur tous ces points avec des petites photos avant-après pour voir la différence et avec des explications de la provenance de la maison, comment, pour qui, combien de temps, etc ;-)




jeudi 15 novembre 2012

Le Projet : Premier Meeting et Interviews


La première phase de la création d'un nouveau centre dans la communauté de Chavannes est de réaliser une campagne d'information dans la communauté concernée afin de trouver des leaders. Ils doivent être en nombre suffisant pour qu'après les interviews et les formations, faisant offices de sélections, il en reste 28 qui soient compétents et fiables pour diriger le centre.



 

Donc jeudi 1er novembre dernier, nous avons organisé à 16h un meeting dans une école de la communauté de Chavanne ayant le doux nom d'Ecole Mixte Sion (ben tiens ^^). Sachant que les deux quotidiens de Haïti s'appellent : Le Matin et Le Nouvelliste, y a pas de quoi être dépaysé.
Le mot avait donc été passé dès la semaine précédente aux leaders du centre actuel de Dufort (cf map, d'ailleurs un petit endroit sur la côte s'appelle...La Coudre :-D...si c'est pas des coïcidences tout ça) afin qu'ils répandent la nouvelle. A 15h45, 4 à 5 personnes étaient présentes lorsque le directeur de l'école vint nous ouvrir... Autant dire personne. On apprit quelques minutes plus tard qu'un kilomètre en amont une ONG organisait une distribution de nourriture. Pour qui et pourquoi ? Peut-être à cause des inondations, mais cela faisait un moment qu'elles étaient passées. Utilité réelle ? : deux semaines après, aucune à mon avis.
Dans tous les cas, cela constituait une très rude concurrence peut-être responsable du peu de monde présent. Mais dès 16h00 et petit à petit, les gens arrivaient tant et si bien qu'à 16h30, lorsque David a finalement décidé de débuter la réunion, une cinquantaine de personnes étaient présentes dans la petite école (~60 à la fin). Très encourageant même si lors du dernier meeting à Dufort, il y en avait près de 100. Après une présentation d'une petite demi-heure, deux listes furent passées dans les rangs afin que les intéressés s'inscrivent pour les interviews agendées le lendemain. 50 inscriptions ! Très joli score qui est le fruit du travail entreprit depuis plus d'une année par David dans la communauté et les alentours pour informer et motiver les gens ainsi que du centre déjà en activité.
Deux jours plus tard, à midi pile, c'était le début des interviews dans la même école qui nous avait déjà accueillis. Juste le temps d'arranger quelques tables et chaises et nous commencions à questionner les premiers arrivés sur leurs motivations à vouloir travailler dans le centre, leur expérience, leur capacité à être à l'heure (ce qui est un défaut majeur des haïtiens... comment ça et de moi ?! ^^) ou encore le nombre de sessions qu'ils pourraient réaliser. Souvent timides, certains peinaient à exprimer leur pensée. D'autres, malheureusement, voyaient l'interview comme une sorte de contrôle avec des réponses soit bonnes, soit mauvaises. Ainsi, l'interview passée, ils allaient donner les “solutions” à leurs collègues qui nous les ressortaient tel quel, juste après, en croyant que l'on ne verrait pas la supercherie. Soit... ^^.Au final, 28 leaders ont été sélectionnés auxquels s'ajoutent 13 anciens leaders retenus pour un précédent centre ainsi que 4 autres personnes interviewées quelques jours plus tard.

C'est donc avec une liste de 45 candidats (dont 8 absents) que s'est déroulée la première réunion des leaders, le 8 novembre, dans le but de les informer sur la formation administrative qui allait leur être prodiguée sur 2 semaines à raison de 3 jours par semaine durant 2 heures à chaque fois ainsi que sur les responsabilités qui leur seront imputées.

Une dizaine de formateurs, nécessaires pour instruire les candidats, ont également été choisis principalement parmi d'anciens leaders lors de cette séance.

En quoi consiste cette formation ? Pas trop vite, on la fait au moment où j'écris ces lignes donc vous le saurez dans le prochain post sur le projet :-D

mercredi 7 novembre 2012

Le Projet

Bah oui ! Et le projet là dedans ? Je ne l'ai pas oublié, je ne l'ai pas oublié.

Le but même de ce voyage est d'aller voir le monde, découvrir le mode de vie des gens ailleurs, leurs coutumes, leur histoire, se faire une fois pour toute une idée de la situation réelle du terrain par rapport à l'image projetée par les médias. Et cela particulièrement pour le travail humanitaire. Quels sont les besoins de ces populations, quelles sont les difficultés qu'elles endurent, quelles actions entreprennent les ONG surplace pour les aider ? Et plus généralement pourquoi à notre époque, est-il encore possible que certaines situations existent ? Impossible de répondre à tout, mais en participant au projet de David Patterson durant 3 mois, je pourrai me faire une idée et vous la faire partager.

Le lieu : Haïti, Carrefour Vert à 5km au sud de Léogâne).
Le projet pilote : établir plusieurs centres sociaux d'apprentissage qui puissent perdurer sur le long terme dans des communautés et déterminer un processus à suivre afin que ce projet soit reproductible et donc réalisable par d'autres personnes dans d'autres régions pauvres du monde.

Mais en quoi consiste ce Centre Social d'Apprentissage (CSA) ?

Intérieur du centre Dufort
C'est un projet communautaire (qui fait donc intervenir et participer les gens d'une communauté) pour aider les membres de cette communauté en leur fournissant un accès à internet pour un prix faible de 30 gourdes (= 0.75 $ US) pour une session de 3 heures, soit trois fois moins que dans les cybercafés situés exclusivement dans les grandes villes et donc à des distances éloignées voire rédhibitoires des communautés.
NDLR : Je vois déjà fuser les questions alors ne vous inquiétez pas, j'essaierai d'y répondre et si je ne l'ai pas fait dans le texte, posez la moi seulement.

30 gourdes c'est beaucoup ?
Un coca 5dl coûte 25 gourdes dans la rue, 6 mangues coûtent 50 gourdes au marché, un voyage de ~5km en tap-tap (bus local) coûte 5 gourdes, en moto-taxi ~20 gourdes, une heure d'internet dans un cyber café coûte 25 gourdes

Fonctionnement

Le CSA est tenu 7 jours sur 7, de 9h à 21h par des volontaires bénévoles de la communauté qui veulent aider leurs compatriotes à pouvoir profiter d'équipements informatiques efficaces (que seul il ne pourrait s'offrir), à un prix bas et tout en les aidant à les utiliser. Chaque matin, le centre est balayé, les laptops nettoyés et mis en place et les comptes vérifiés par les deux premiers leaders. La génératrice doit généralement être enclenchée dès le début de la journée afin de recharger les batteries du centre qui lui permettent un approvisionnement constant en énergie si le réseau électrique ne fonctionne pas (ce qui est très souvent le cas). Puis les sessions se succèdent, tout comme les leaders qui, avant de partir et en arrivant, font et vérifie le décompte des réservations réalisées et de l'argent obtenu.

Prix bas, vraiment ?
Oui, car le CSA est un business social qui ne fait aucun profit ! Cela signifie que les 30 gourdes demandées aux participants sont utilisées exclusivement pour payer les frais du centre, en d'autres termes : l'électricité pour les laptops, la lumière, etc, l'essence pour la génératrice en cas de rupture du courant (extrêmement fréquent), le coût de la connexion internet, le salaire du directeur du centre et le remboursement du coût des laptops et autres équipements sur une période de 5 ans.

Comment ça “remboursement des équipements” ?
Oui, car le CSA n'est pas une ONG (Organisation Non Gouvernementale) mais surtout elle n'accepte aucun don et ne donne également rien. L'argent provient d'un prêt fournit par un investisseur social (vous, moi, la Migros,...) et remboursé sur 5 ans sans que celui-ci ne touche un quelconque intérêt. C'est donc réellement un prêt d'argent pour aider à mettre en place une structure sociale capable à la fois de s’autofinancer, de rendre l'argent prêté et surtout de perdurer sans être dépendante d'aucun don ! Une logique qui permet à la fois une stabilité sociale (centre dirigé par des haïtiens locaux) et financière (centre auto-financé) au projet.

Et le salaire du directeur du centre alors ?
C'est en effet la seule personne payée dans toute l'organisation (David travaille gratuitement à ses propres frais) car elle travaille à 100% pour celle-ci. Elle a pour rôle de servir de lien entre le fondateur (David) et les leaders + participants, de superviser le bon fonctionnement des centres en faisant des contrôles réguliers, d'intervenir en cas de problèmes administratifs, financiers, électricité (mettre la génératrice en marche par exemple) ou de vol, de contrôler la bonne tenue des comptes et de la remise de l'argent en fin de semaine. A terme, chaque directeur supervisera et sera responsable de 3 centres (diminuant le coût par centre de leur salaire)
 

Centre Dufort
Il n'y a pas de location pour le centre ?
Non, car la maison est prêtée durant une certaine période (6 mois, un an, deux ans, ...) par quelqu'un voulant aider la communauté. Les maisons vident sont courantes car de nombreux haitiens exilés se font construire une maison en Haïti mais n'y vivent pas encore laissant le soin à leur famille de s'en occuper. Dès lors, deux ou trois pièces peuvent être prêtées au CSA pour y établir un centre. De plus, le prêt gratuit d'un tel espace montre une réelle envie d'aider la communauté et éloigne les gens ayant uniquement un intérêt pécunier dans le cas du location de l'endroit. De plus, cela évite les jalousies comme expliqué juste après.

Mais pourquoi décider de ne rien donner alors que ces gens n'ont justement rien !?
Ça parait radical et dur n'est-ce pas? Mais pourtant c'est une des volontés du projet et cela à cause de la nature même de l'homme. Si l'on donne une chose à une personne, son voisin voyant cela voudra également la recevoir et cela même s'il n'en a pas l'utilité. Voyez rien que chez nous au supermarché lorsqu'il y a des échantillons gratuits d'un produit que vous n'achetez en général pas, eh ben il y a de fortes chances que vous le preniez dans votre caddy sans même savoir ce que vous allez en faire. Si maintenant vous transposez cela en Haïti, l'effet sera d'autant plus décuplé. Ainsi, si vous n'avez pas la même chose à donner à tous alors vous allez faire naitre de l'envie et donc de la jalousie et de l'avarice entre les gens.
C'est là où le projet a une autre philosophie car c'est un projet social et communautaire ce qui signifie que comme il tourne grâce à des personnes locales, il faut avant tout que ce soit la communauté qui accepte le centre mis en place, croit en lui et voit l'aspect positif qu'il peut lui apporter. Le but est donc de faire croitre la motivation des haitiens à poursuivre le projet et s'entraider afin que celui-ci ait une chance de perdurer même après le départ de ses investigateurs.
Et comme l'argent, où qu'il soit, attire les convoitises, la jalousie et ainsi des personnes mal intentionnées, le centre fonctionne donc sans donation aucune.

Et quels sont les bénéfices pour les leaders et les participants ?
ça vient, c'est juste en dessous.

Leaders
Pour fonctionner, un centre a besoin de 28 leaders bénévoles réalisant 2 sessions de 3 heures chacune par semaine. Pour eux, cela constitue une expérience de travail dans une organisation qu'ils peuvent ensuite faire valoir à de futurs employeurs (sachant le peu de personnes travaillant, c'est un réel avantage). En effet, ils sont entraînés pour réaliser le travail administratif (présence, ponctualité, inscriptions, compte d'argent), apprennent certaines notions d'informatique et ainsi peuvent recevoir après une année de travail un certificat mentionnant leur aptitude à travailler de manière professionnelle et responsable dans le centre. En effet, durant leur session, les leaders sont responsables de l'argent des inscriptions ainsi que de tout l'équipement informatique (ce qui n'est pas rien). Ils ont également un accès gratuit à internet pendant leurs sessions de travail et aussi en dehors s'il y a des places libres. Finalement, de par leur travail bénévole et donc non rémunéré les leaders permettent à leur communauté d'avoir un accès à internet à très bas coût et ont également l'occasion d'aider les participants à utiliser des ordinateurs.

Participants
Pour les participants justement, l'intérêt est, comme dit précédemment, d'avoir une connexion internet à bas coûts qui leur permet principalement d'aller sur (...devinez ^^) Facebook afin de dialoguer entre eux, partager des photos et juste utiliser cet outil que les occidentaux et le reste du monde emploient. Perte de temps ?! Pas plus que pour nous. Et je dirais pas tant que ça car Facebook offre aux haitiens une plateforme pour exprimer leurs impressions, sentiments ou frustrations sur n'importe quel sujet comme des décisions politiques, leur situation de vie ou des événements comme les dernières inondations. En période d'élections, cet outil peut donc avoir une importance significative dans le partage et la confrontation d'informations sachant que les journaux sont très peu répandus et la télévision également. D'autre part, en communiquant, les personnes entrainent leur dactylo (moins important) mais surtout leur écriture et orthographe (pour autant qu'ils écrivent correctement, on est d'accord) qu'ils n'ont pas forcément l'occasion de pratiquer autrement.
Et outre Facebook, l'internet ouvre les portes vers des connaissances quasiment infinies avec des cours et des journaux en ligne, des statistiques, des images, des informations sur d'autres pays, leur développement, leur culture, des systèmes sanitaires efficaces, des récits historiques,... enfin tout... tout ce qui peut permettre de faire germer des idées, des objectifs et des rêves dans l'esprit des haitiens.

Est-ce que ça a des chances de fonctionner ?
C'est LA question ^^. Personnellement, je pense que oui. Actuellement, un centre est ouvert à Dufort depuis avril 2012 où 28 leaders travaillent et 160 participants s'inscrivent chaque semaine. Et au niveau des comptes cela joue également. Je rajouterais que l'avantage de ce projet est que dans le futur les prix tendront plutôt à diminuer car l'approvisionnement électrique ne peut que s'améliorer (évitant des frais pour l'essence de la génératrice), les prix pour l'internet aussi certainement (en plus couplés avec une augmentation du débit) et, comme mentionné plus haut, le nombre croissant de centres diminuera le coût par centre du salaire du directeur.

Et maintenant ?
Voilà donc dans les grandes lignes la description du projet et ses buts. Dans les prochains temps, nous allons ouvrir un autre centre dans de la communauté de Chavanne non loin de celui de Dufort et dont l'ouverture devrait se faire aux alentours de Noël si tout se passe bien. Vous pourrez d'ailleurs suivre l'avancée de l'établissement de ce centre dans cet onglet.

Et bien sûr, si vous avez des questions, n'hésitez pas :-).